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mercredi 6 avril 2016

Cette belle histoire...

C'est l'histoire d'une amitié. C'est l'histoire de la naissance d'une BD. C'est une belle histoire…

Lorsque j'ai rencontré mon amie, tout ce que je savais de son compagnon est qu'il était scénariste.
Lorsque je l'ai rencontré lui, il était sur un projet BD important qu'il se préparait à présenter à des éditeurs, avec son co-auteur. Il a eu, entre autre, l'idée de la première histoire, son co-auteur a apporté l'idée d'étendre à un concept plus complexe. Ils ont décidé d'écrire à deux.
Neuf arts, neufs histoires, neuf époques et contextes différents, une seule vie. Je l'ai écouté me raconter l'idée générale puis chaque tome. Je me suis demandée comment une telle idée avait trouvé naissance et comment elle avait pu se déployer pour prendre une telle ampleur. J'ai trouvé le concept fabuleux et chaque histoire géniale.

mardi 10 décembre 2013

Verveine 2/2

Je devais pouvoir proposer « quelque chose » à Verveine et vite. Oui mais quoi ? Y aller avec elle ne me posait pas de problème mais juridiquement était-ce possible? Forcer la présence de sa mère qui ne croyait vraiment pas sa fille ? Imposer celle du père qui était prêt à sortir son fusil ? La laisser y aller seule ainsi qu'elle l'avait évoqué était hors de question.
Ma grand-mère m'a toujours dit « quand tu ne sais pas, tu demandes ». J'ai donc demandé. J'ai croisé dans les couloirs du tribunal Maitre Christiane, une avocate, connue sur la place pour être d'une part excellente et d'autre part dans la liste des avocats pour les mineurs. En France, et c'est heureux, tout mineur a droit à un avocat et ça ne lui coûte rien. J'avais juste une question pour elle : pouvais-je accompagner Verveine à l'audition chez le juge d'instruction ? En trois phrases, elle a confirmé qu'il fallait plus à Verveine qu'une simple éduc qui l'accompagne.

dimanche 8 décembre 2013

Verveine 1/2

Elle m'arrive à l'épaule. Habillée comme un sac, vaguement gothique. Des cheveux en rideaux qui ne laissent pas voir grand chose de son visage. Ses mains sont abîmées. Ses ongles rongés au sang. Dans cette pièce de cette maison où nous sommes tous assis autour de la table, elle paraît ne pas se sentir concernée. Il y a sa mère, folle pour dire les choses simplement et dont les paroles révèlent qu'elle habite un monde à part, accessible par personne d'autre à part elle. Il y a la sœur aînée, tout juste majeure qui est en formation. Le frère, au collège et qui fait n'importe quoi. Il va si mal qu'il n'a pas mis les pieds au collège depuis des semaines. C'est ce qui a, entre autre, déclenché le signalement et la mise en place de notre intervention. Et il y Elle... un peu plus de 16 ans, lycéenne en 1ère scientifique. Une heure de trajet le matin, une heure de trajet le soir. Un bulletin brillant. Mutique... Enfin, ce jour là.

mercredi 20 février 2013

Quand on veut on peut...? Kevin, Christopher, Priscillia, Dylan et les autres...

C'est une phrase que j'ai souvent entendu et à laquelle je croyais dur comme fer, il y a si longtemps. Vous savez, ces phrases toutes faites, oublieuses du contexte et de l'humain auquel elles sont destinées « quand on veut on peut » ou « avec un peu de volonté tout est possible »... Vous les avez entendu, prononcé, pensé. Moi aussi, encore parfois je me les adresse comme autant de coups de pieds au séant pour me remuer, en général sans grands effets.

Parce que s'il suffisait à chacun de vouloir pour pouvoir, ça se saurait...



Nous ne sommes pas nés égaux. Oh bien sûr, nous naissons égaux en droit, égaux devant la loi et heureusement. Mais nous ne naissons pas égaux devant la vie. Et ça change tout. Je ne crois pas à la prédestination et à la fatalité. Mais je ne crois plus non plus à « il suffit de vouloir pour pouvoir ».

mercredi 6 juin 2012

Le coeur de ces femmes


De toutes mes années à travailler auprès des familles, j'ai gardé de la satisfaction, beaucoup de questionnements, des doutes et une admiration infinie pour ces êtres humains qui mettent une énergie colossale à tenter de rester debout, à vouloir garder la tête hors de l'eau. Car il en va de la dignité humaine comme de l'air qu'on respire : elle est indispensable à l'existence humaine.

Ce qui est paradoxal dans ce qu'on appelle l'aide contrainte est qu'il est demandé aux parents d'accepter une aide qu'ils n'ont pas demandé, qu'on leur impose pour des faits ou des positionnements que la plupart du temps ils réfutent. Comment aider quelqu'un qui dit qu'il n'en a pas besoin ? Comment aider une personne à modifier certains comportements alors qu'elle est persuadée d'être dans le bon et le bien ? Comment l'obliger à accepter une intervention éducative qui s'impose ? Car le système est ainsi fait : il souligne en général ce qui ne va pas, pointe les carences, les manquements, les abus mais il oublie souvent de souligner ce qui va bien.

vendredi 18 mai 2012

Je l'appelais Miss Papillon (2/2)


Dans une situation comme celle-ci, une note (c'est le terme technique) circonstanciée et détaillée est adressée au juge des enfants. Avant, nous en avons parlé en équipe (chef de service, collègues, psychologue) longuement. Écrire une note oui mais quelles conclusions ? Continuer la mesure en cours ? Renforcer la mesure éducative ? Demander le placement ? Placement en urgence ou non ? La décision appartient au magistrat.

Je reviens sur ce que je sentais depuis longtemps. Qu'est-ce que je n'ai pas vu ? Qu'est-ce que je n'ai pas fait ? Étais-je trop proche ? Ma collègue détaille de manière très clinique nos interventions ainsi que les contacts pris avec l'assistante de service social, la PMI (protection maternelle et infantile), l'école, les écoles. Quelque part, cela me sort de ma spirale de doutes et m'aide à regarder presque froidement ce que nous avons fait, mis en place dans cet accompagnement.
L'éclairage de la psychologue est important. Perverse narcissique, relations toxiques, père sous influence, intégrité psychique, construction identitaire, individuation... Autant de mots et de concepts qui prennent tout leur sens et qui viennent légitimer certains de mes ressentis. D'autres sont d'un autre registre, n'appartiennent qu'à moi.

Après une très longue réunion et beaucoup d'échanges, de doutes, d'interrogations, notre chef de service a tranché. Demande d'audience en urgence aux fins d'envisager de confier la mineure Miss Papillon aux services de l'Aide Sociale à l'Enfance (ASE). En langage ordinaire, demande de placement en famille d'accueil.

jeudi 17 mai 2012

Je l'appelais Miss Papillon (1/2)


Lorsque je l'ai rencontrée la première fois, elle avait à peine cinq ans. Elle vivait chez son beau-père à qui elle avait été confiée après la mort de sa mère quelques années plus tôt. Il y avait aussi une petite sœur, née du mariage de cet homme qu'elle appelait « Papa » avec sa maman. Une vie simple mais si chaleureuse.

Elle savait bien pourquoi je venais, elle en avait vu d'autres avant moi. Depuis d'aussi loin qu'elle s'en souvienne et même avant. Petit gabarit, fine avec de grands yeux. Une grâce rare comme j'ai pu en voir chez certains enfants. Quelque chose qui ne se décrit pas. Paradoxalement, je ne me souviens pas de la couleur de ses yeux ou d'autres détails.
Elle m'observait pendant les salutations d'usages entre adultes, debout derrière une chaise dont le dossier ne me laissait voir que des bouts d'elle. Je me rappelle avoir posé ma sacoche rouge, être allée la voir et m'être penchée. Ses yeux dans les miens et quelque chose d'interrogateur, une attente.
Lorsque j'allais dans les familles, je ne faisais que très rarement la bise aux enfants, sauf lorsque vraiment ils me connaissaient très bien ou qu'ils y tenaient absolument. Après tout, j'étais « l'éducatrice, « la dame », « le service éducatif » mais je n'étais pas de la famille. Je considère que faire la bise à un enfant est quelque chose de personnel, d'intime presque.
Sinon, le rituel était toujours le même « alors, comment on se dit bonjour ? », parce que oui se dire bonjour est important (au revoir aussi d'ailleurs). Serrer la main, faire un coucou de loin, juste se dire bonjour ou alors mon petit truc à moi, ma manière de leur dire bonjour, le « bonjour papillon ». Elle a eu l'air étonnée, elle n'avait jamais entendu ça ! Ok pour le bonjour papillon. Je lui montre avec un clin d’œil, on agite nos doigts en s'effleurant à peine. Elle m'a alors laissé voir sa lumière et son sourire a irradié. Le mien n'a pu que lui faire miroir. Je suis devenue « Madame Papillon ». Cela a été notre rituel pendant plus de trois ans.



dimanche 29 avril 2012

Rencontres


Avant l'Uzine et Cotcotte, j'ai travaillé dans une autre usine. Ma mission n'a pas duré bien longtemps, ce sont les aléas de l'intérim. Mon job consistait, alors, à coller des étiquettes sur les produits qui défilaient sur un tapis (environ 10 000 étiquettes jour!). Pas vraiment de tenue particulière. Bruit limité. La possibilité de discuter, donc.

De ce bref passage, il me reste deux visages, deux histoires, deux récits.