jeudi 9 mai 2019

"Porteuse de projet" ou comment j'ai décidé d'envoyer mon statut de salariée par dessus les moulins

Le travail est au centre de nos vies. Tout le temps, chaque jour, on en entend parler : les chômeurs, les travailleurs, les précaires, les fonctionnaires, les grands patrons, les besogneux, les glandeurs, les générations X – Y ou les Millénials, les intérimaires, les planqués, les abimés… Bref, chaque jour ça cause « travail ».

Depuis fin décembre, je suis « chercheuse d’emploi »… Mon CDD c’est terminé et vu ce qu’on me proposait j’ai dit merci mais non merci. J’ai adoré accompagner des personnes en bilans de compétences. J’ai kiffé accompagner des détenus dans l’élaboration de leur projet professionnel à la maison d’arrêt. J’ai trouvé insupportable la pression, les reproches, être pressurisée sans fin alors que je suis une bosseuse et que je fais bien mon taf. 130 km/j, moins de 1500€ de salaire net et une absence totale de reconnaissance de mon employeur. J’ai dit non à un renouvellement de contrat. Et cela n’a pas été de gaîté de cœur.

lundi 25 février 2019

Brève du petit matin

Il y a des moments comme ça où, à 6h du matin, tu lis une soixantaine de signes et où la prise de conscience te percute façon TGV lancé à 300km/h. Ton cœur descend en chute libre dans ton estomac, tu prends un coup de chaud dans le visage et un coup d'arctique dans tout le reste du corps. Ça bourdonne dans tes oreilles et tu as une sensation de flottement, de perte de contact avec ton environnement. C'est là que ce foutu poing de la vie te tord le bide à t'en couper le souffle.
Le klaxon du camion te sort du rien et te reconnecte au réel. 
Ça a juste duré quelques secondes. 
Tu recommences à fonctionner mais quelque chose a changé, c’est déplacé. 
C’est peut-être ton cœur ou ta conscience mais le miroir t’a été tendu. Tu ne peux plus faire comme si de rien n’était. 
Pourtant si. 
Je voudrais pouvoir dire que je vais agir, tracer LA ligne dans le sable, dire « ça suffit » ou que sais-je encore… Mais non. 
Je suis lâche. 
Je remets posément mes œillères, un peu de poudre, un soupçon de rouge à lèvres et mes talons. 
Lève la tête ma fille et dépêche-toi ! Tu vas rater ton train. 
Faisons comme si, comme si de rien n’était… 

mardi 28 août 2018

Mots des murs

En rangeant la sacoche que j’utilise pour aller à la maison d’arrêt, je suis tombée sur une feuille de mots que j’avais écrits lors de l’un de mes déplacements là-bas. C’est griffonné à la va-vite, entre deux rendez-vous.
Je suis incapable de me souvenir de quand cela date. J’avais envie de partager cela avec vous.

dimanche 1 juillet 2018

Pourquoi t'es triste, c'est toi qui est partie?



Ça va faire un an… Un an que je suis partie. Un an que j’ai dit c’est fini. Un an que j’ai fait des cartons et des valises la morve au nez et les larmes en cascades sur les joues. Un an que je ne serre plus personne dans mes bras. Un an que je ne m’inquiète plus pour l’Autre. Un an que je ne demande plus comment c’est passé ta journée. Un an que je ne tiens plus de main lorsque je me balade. Un an que je ne partage plus mes tracas. Un an que je ne gère plus la maison. Un an que je ne me demande plus si cela va lui plaire ou non. Un an que j’ai repris ma liberté. Un an que je suis triste, en colère, que je me sens coupable, que je me sens seule. Un an que je porte un sentiment d’échec. Un an que je ne me sens plus aimable, moche et pas vraiment digne d’intérêt. Un an que je lutte pied à pied, centimètre par centimètres certains jours. Un an que quotidiennement je me dis plusieurs fois par jour « alors, quoi de beau et de positif aujourd’hui ? ». Un an que chaque jour je décide que aujourd’hui est le jour d’après et le premier jour du reste de ma vie.

vendredi 22 juin 2018

J'avais envie de rhubarbe aujourd'hui

Cela faisait des mois que je voyais ce panneau à l’entrée de l’allée de cette maison, pas très loin du boulot. Un panneau soigneusement peint « rhubarbe à vendre ».

Aujourd’hui, j’ai eu envie de rhubarbe (enfin, j’ai eu envie de faire de la confiture de rhubarbe) et en fin de matinée, ni une ni deux je me dis que je vais passer vite fait en acheter.

mercredi 13 juin 2018

Brève... du travail



Je les ai aperçus de loin avant d’arriver sur le parking et je me suis fait la réflexion « mais… ce n’est pas le jour des parloirs. Ils se sont fait refouler ? ».
La femme est grande et porte un bébé bien joufflu dans les bras. Il y a deux petits garçons, moins de 10 ans c’est certain. Et il y a Monsieur qui porte un grand sac bleu de courses, bien plein, comme on en voit souvent pour les parloirs dont dépasse un bouquet de fleurs.

En me garant, je me fais la réflexion qu’ils ont l’air content, heureux même.

En sortant de la voiture, je comprends. Pas loin, il y a une voiture  avec un gigantesque dessin (une peinture en fait) qui fait toute la taille du pare-brise. On ne voit que lui. C’est un arc-en-ciel qui fait toute la page avec écrit « bienvenue […] c’est le premier jour de ta nouvelle vie ».

Et je comprends : ils n’ont pas été refoulés au parloir, c’est le jour de sortie du monsieur et toute sa petite famille est venue le chercher (ce qui n’est pas forcément la norme). Monsieur regarde avec attention le beau dessin bien visible derrière la vitre. Je n’entends pas ce qu’ils disent mais je crois que les enfants excités lui montrent ce qu’ils ont fait. Et Madame a un sourire super-nova.

Je m’arrêterais bien pour les contempler un moment mais je me sens indiscrète, voyeuse presque.

Aujourd’hui, un homme est sorti de prison. Il était attendu par sa femme et ses enfants. Il y avait de la joie et beaucoup de sourires. Et c’était le premier jour de sa nouvelle vie…



mardi 22 mai 2018

Ces attentions douces

Ce week-end, j’ai fait quelques cartons et j’ai clôt un chapitre important de ma vie.
Ce week-end, j’ai beaucoup pleuré avec la sensation que mon cœur se morcelait et je ne comprenais pas pourquoi.
Ce week-end, la femme que je suis a compris quelque chose de la petite fille qu’elle avait été et qui se cache encore en elle.