jeudi 9 mai 2019

"Porteuse de projet" ou comment j'ai décidé d'envoyer mon statut de salariée par dessus les moulins

Le travail est au centre de nos vies. Tout le temps, chaque jour, on en entend parler : les chômeurs, les travailleurs, les précaires, les fonctionnaires, les grands patrons, les besogneux, les glandeurs, les générations X – Y ou les Millénials, les intérimaires, les planqués, les abimés… Bref, chaque jour ça cause « travail ».

Depuis fin décembre, je suis « chercheuse d’emploi »… Mon CDD c’est terminé et vu ce qu’on me proposait j’ai dit merci mais non merci. J’ai adoré accompagner des personnes en bilans de compétences. J’ai kiffé accompagner des détenus dans l’élaboration de leur projet professionnel à la maison d’arrêt. J’ai trouvé insupportable la pression, les reproches, être pressurisée sans fin alors que je suis une bosseuse et que je fais bien mon taf. 130 km/j, moins de 1500€ de salaire net et une absence totale de reconnaissance de mon employeur. J’ai dit non à un renouvellement de contrat. Et cela n’a pas été de gaîté de cœur.


Pour autant, je considère qu’avec mes années d’études et d’expérience, mon parcours atypique et mes compétences, j’aspire à mieux. I WANT MY MONEY BACK ! Mes longues, loooongues années au CNAM pour me former. Ce que ça m’a coûté en énergie, en temps , en argent et en investissement « temps de cerveau disponible »… C’était pas pour être payée au lance-pierre ou être déconsidérée. C’était pour gagner en compétences pour un job à plus haute valeur ajoutée et pour gagner en qualité de vie. Naïve !! Que j’ai été naïve !!! Le contrat social aujourd’hui c’est la braderie des compétences, bosse comme une dingue en étant sous-payée et sois heureuse d’avoir un job. Ben non. Les personnes que j’accompagne méritent mieux que ça. JE mérite mieux que ça.

Quitte à bosser comme une dingue, autant que ça me profite, non ? Alors j’ai décidé de devenir « porteuse de projet » (oui, c’est le terme employé par Pôle Emploi et les organismes divers) = je vais me lancer en indépendante, créer mon activité, être ma propre patronne.
1/ Définir le projet et ce que je veux faire (en langage entrepreneurial : quel produit pour quelle cible #gloups)
2/ Convaincre les institutionnels que c’est une bonne idée (j’ai une conseillère Pôle Emploi plus que formidable et la Bretagne a plein de dispositifs pour accompagner les personnes qui veulent se lancer)
3/ Écrire : ce que je veux, les prestas à proposer, mon projet.
4/ Ben vazy ma fille, prospecte, réfléchit, forme-toi et va de l’avant !

C’est horrible… Ou plutôt, ça a été horrible les premiers mois. Mal dans mes baskets et dans mon cœur. A vif et cabossée, je ne savais pas où-quoi-comment-qui.
Et puis, un truc s’est enclenché. Je me retrouve à faire des choses que je n’imaginais pas possible : je prends contact avec de parfait-e-s inconnu-e-s pour réseauter, parce que ce sont des personnes intéressantes et qui font des choses formidables.
Je cours d’ateliers en formations (merci la famille qui m’aide à financer ces formations : 160€ par-ci, 350€ par-là… Parce que sinon, ça serait bien compliqué) de rendez-vous de réseaux en rendez-vous de prospection.
Mon cerveau tourne à toute vitesse. Mes idées fusent. J’en écarte la plupart et j’en affine d’autres.

J’ai rencontré des personnes géniales et nous allons probablement faire un bout de chemin pro ensemble.

Je suis sensée bosser mon « modèle économique » (heu, pas ma tasse de thé). J’ai une trouille qui me vient des enfers à ne pas en dormir la nuit. Et à d’autres moments, je sais. JE SAIS que c’est ce que je dois faire.
Je doute plus souvent qu’à mon tour. Après tout, il y a sur le marché quantité de personnes qui s’improvisent coach (il y a des personnes sérieuses qui sont coach et heureusement mais pas que…), des personnes qui se forment à la formation ou à l’accompagnement en moins d’un an et qui se disent « experts », des personnes formidables et des charlatans qui avancent masqués. 
 



Je ne prétends pas être une experte. Je ne prétends pas tout savoir. Je ne prétends pas vouloir sauver qui que ce soit.
Je sais en revanche que l’accompagnement c’est mon kif. Que j’ai des retours positifs et que je sais que je sais faire, ça. Je sais que j’ai encore à apprendre. Mais je sais aussi que le choix que je fais est le bon. Je vais créer mon activité, à la marge. Le monde du travail est plein de personnes hypersensibles, atypiques, Haut Potentiel voir même porteuses de troubles autistiques et qui sont insérées dans le monde professionnel. Mais c’est pas toujours simple pour elles.

Vous savez quoi vous qui en êtes? Dans quelques mois, ma porte vous sera ouverte. Je vais ouvrir mon cabinet. Je vais accompagner les personnes qui ressentiront le besoin de faire le point, de parler de leurs difficultés au travail, de leur souffrance, de leur envie de transition ou de changement.

J’ai peur et je suis heureuse à la fois. Je ne vais pas faire fortune mais je m’en fiche tant que j’en vis correctement. Je choisis d’aller là où je veux et comme je veux. Je ne veux plus être soumise à la pression et à une hiérarchie qui ne parle que de chiffres et que peu de l’humain.

Je suis en train de trouver ma place. Cela n’est pas sans douleurs ni renoncements. Mais c’est incroyablement libérateur ! 

Edit : il y a une courte playlist dans ma vie en ce moment, très courte mais en boucle et qui me tient
Rachel Platten  (I might have one match but I can make an explosion... ^^)
Véronique Sanson (j'aime beaucoup cette version, je dois dire. Sa voix est un peu plus grave et ça colle bien)
Brandi Carlile (mais quelle merveille! "They can kick dirt in your face
Dress you down, and tell you that your place
Is in the middle, when they hate the way you shine" ) 




 
 

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